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LES NUTAARSIASSAT DU
KALAALLIT NUNAAT

Septembre 2007 -->Legroenland.fr
Un aperçu mensuel de l’actualité du Groenland
Par Damien DEGEORGES
Correspondant de la presse groenlandaise à Paris durant plusieurs années, basé actuellement à Copenhague, il suit les questions politiques et stratégiques liées au Groenland et à l'Arctique.


Dernière minute... (la suite des news du 30/08 !)
Le Ministre d'Etat en charge de l'Environnement, du Développement et de l'Aménagement durables, Jean-Louis Borloo, s'est rendu lundi à Ilulissat. Le Groenland attire enfin de nouveau un membre du gouvernement francais, après les visites d'Hubert Védrine en 1998 et 2000 puis de Nelly Olin en 2005, ce dont on peut se réjouir. Il s'agira du plus haut représentant francais, de par son rang protocolaire, à s'être rendu au Groenland.


30/08/07
La France sera-t-elle le dernier pays à s’intéresser au Groenland ?


Barroso, Merkel, Pelosi. Autant de personnalités politiques à s’être rendues au Groenland cette année. Les enjeux sont considérables: changement climatique, ressources énergétiques, situation géostratégique.

Le Groenland, territoire de l’Arctique grand comme quatre fois la France, est devenu le nouvel endroit à la mode. Les politiques du monde entier s’y pressent pour observer les conséquences du réchauffement climatique. Nancy Pelosi, numéro 3 des États-Unis, en mai, José Manuel Barroso en juin et Angela Merkel à la mi-août. La chancelière allemande était accompagnée d’une centaine de personnes. C’est dire les enjeux.

Les Français s’y sont un temps intéressés à un haut niveau. Hubert Védrine, alors ministre des Affaires étrangères, avait été au Groenland en 1998 et 2000. Depuis, presque rien.

Les choses pourraient changer avec les développements récents.
Les différentes expéditions de l’été, relayées en une des quotidiens, ont permis de sensibiliser le grand public aux nouveaux enjeux de la région. Russes, Canadiens, Danois, Américains : tous veulent leur part du « gâteau arctique ».

Le Groenland, dont le statut d’autonomie vis-à-vis du Danemark va être renforcé, est à mi-chemin entre Amérique et Europe. Politiquement rattaché au vieux continent, les Groenlandais se tournent désormais vers l’ouest et regardent de plus en plus vers les Etats-Unis. Les compagnies américaines viennent investir au Groenland - Alcoa pour l’aluminium, Exxon et Chevron pour le pétrole - sans compter les milliardaires comme Bill Gates ou Warren Buffett qui dépensent leurs dollars pour skier l’été à Apussuit, le « nouveau Aspen » selon la presse.

La calotte glaciaire du Groenland recouvre les 4/5 du territoire. Sa fonte aurait des conséquences dramatiques, comme l’élévation du niveau de la mer.
Déjà, le réchauffement climatique a contraint les chasseurs et pêcheurs groenlandais à modifier leur mode de vie.

Le Danemark, qui accueillera le prochain sommet mondial de l’environnement en 2009, a intégré le Groenland dans sa « diplomatie du climat ». Les visites de délégations étrangères et de médias se succèdent. L’année 2007 aura été celle de tous les records : Nancy Pelosi, présidente de la Chambre des Représentants, José Manuel Barroso, président de la Commission européenne, Angela Merkel, chancelière fédérale allemande, mais également des députés et sénateurs américains, un groupe du Parlement européen, et ce n’est qu’un début. Sans compter un rassemblement œcuménique cette semaine auquel participe une centaine de personnes, dont le Patriarche de Constantinople.

Le Groenland a connu de profondes mutations depuis une trentaine d’années. Colonie danoise jusqu’en 1953, ce territoire a acquis un statut d’autonomie interne en 1979. Vingt-cinq ans plus tard, les Premiers Ministres danois et groenlandais, Anders Fogh Rasmussen et Hans Enoksen, ont mis en place une commission mixte devant élaborer une proposition de loi qui permettrait au Groenland de bénéficier d’une autonomie renforcée. La dernière réunion de la commission était prévue les 12 et 13 septembre prochains, mais des désaccords au sein du groupe de travail pour les affaires économiques retardent la suite du processus. Les ressources énergétiques sont là encore au centre du débat.

Territoire rattaché au Danemark depuis le XVIIIe siècle, le Groenland est vaste de 2 166 086 km² - un cinquième est libre de glace - et compte environ 57 000 habitants, dont 89 % sont inuits et 10 % danois.

 

Depuis l’autonomie de 1979, le Groenland a connu trois chefs de l’exécutif, tous issus du parti social-démocrate Siumut. Jonathan Motzfeldt, Lars Emil Johansen et Hans Enoksen caractérisent à eux trois les différentes voies que pourrait prendre le Groenland : des relations extérieures tournées vers l’Europe ou l’Amérique, à moins que ce ne soit le choix du repli identitaire.

On le sait peu, mais le Groenland a fait parti de la construction européenne. Après avoir intégré le Marché commun en 1973 avec le Danemark, malgré une population hostile, le Groenland en est sorti en 1985 par référendum. C’est un cas unique à ce jour. L’accord de partenariat entre l’Union européenne et le Groenland, établi pour la période 2007-2013, est une avancée significative dans les relations entre les deux partenaires, qui va désormais au-delà d’un simple accord de pêche. Une aide de l’Europe d’un montant annuel de 25 millions d’euros y est adjointe.

L’économie groenlandaise repose essentiellement sur la pêche. Le budget est à 60 % couvert par la subvention annuelle du Danemark qui s’élève à 3,2 milliards de couronnes danoises, soit environ 429,6 millions d’euros. Le tourisme se développe, mais le pays manque d’infrastructures de transport et d’hôtellerie. La situation économique du Groenland est pourtant en passe d’évoluer de façon considérable. Le gouvernement groenlandais a annoncé l’octroi de licences d’exploration à quatre grandes compagnies pétrolières : Exxon, Chevron, Husky et DONG. Le groupe Alcoa a signé un investissement de près de 2 milliards d’euros pour la construction d’une usine d’aluminium - cette somme représente près de cinq fois la subvention annuelle allouée par les Danois au Groenland. Autant dire que l’intérêt économique des Américains pour le Groenland réveille les velléités groenlandaises de se séparer de la tutelle danoise. Un quotidien danois titrait au printemps dernier sur « le Groenland (qui) regarde vers l’ouest ». Au même moment était inaugurée la première liaison aérienne directe entre le Groenland et les Etats-Unis.

Au Groenland, un consensus existe entre les partis sur la question de l’indépendance du territoire, seuls les moyens d’y parvenir divergent. Véritable laboratoire des enjeux auxquels le monde doit faire face - changement climatique, matières premières, questions de défense et de sécurité, diversité culturelle et linguistique - le Groenland cherche à renforcer sa visibilité sur la scène internationale. Les dirigeants du pays ont multiplié ces dernières années les voyages à l’étranger. Bruxelles, Paris, Pékin, Londres, Tokyo, Washington : autant de villes visitées pour attirer avant tout les investissements susceptibles d’aider le Groenland dans sa quête d’indépendance vis-à-vis du Danemark. Pour les observateurs avertis, tant danois que groenlandais, le processus d’accession à l’indépendance pourrait encore prendre une vingtaine d’années. La question est alors de savoir si le Groenland ne risque pas, en se détachant du Danemark, d’être dépendant des Etats-Unis.

Une chose est sûre : le développement du pays risque de ne pas profiter à la population locale. Les richesses potentielles en pétrole, gaz et minéraux dépassent de très loin les capacités démographiques du pays et les Groenlandais pourraient se retrouver en minorité face à l’afflux programmé de mains-d’œuvre étrangères, ce qui les contraindrait à modifier leur mode de vie. Une autre conséquence du réchauffement climatique.

A consulter :
  Octobre 2005
  Septembre 2005
  Juin 2007

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