30/08/07
La France sera-t-elle le dernier pays à s’intéresser
au Groenland ?
Barroso, Merkel, Pelosi. Autant de
personnalités politiques à s’être
rendues au Groenland cette année. Les enjeux sont
considérables: changement climatique, ressources
énergétiques, situation géostratégique.
Le
Groenland, territoire de l’Arctique grand comme quatre
fois la France, est devenu le nouvel endroit à la
mode. Les politiques du monde entier s’y pressent
pour observer les conséquences du réchauffement
climatique. Nancy Pelosi, numéro 3 des États-Unis,
en mai, José Manuel Barroso en juin et Angela Merkel
à la mi-août. La chancelière allemande
était accompagnée d’une centaine de
personnes. C’est dire les enjeux.
Les Français s’y sont un temps intéressés
à un haut niveau. Hubert Védrine, alors ministre
des Affaires étrangères, avait été
au Groenland en 1998 et 2000. Depuis, presque rien.
Les choses pourraient changer avec les développements
récents.
Les différentes expéditions de l’été,
relayées en une des quotidiens, ont permis de sensibiliser
le grand public aux nouveaux enjeux de la région.
Russes, Canadiens, Danois, Américains : tous veulent
leur part du « gâteau arctique ».
Le Groenland, dont le statut d’autonomie vis-à-vis
du Danemark va être renforcé, est à
mi-chemin entre Amérique et Europe. Politiquement
rattaché au vieux continent, les Groenlandais se
tournent désormais vers l’ouest et regardent
de plus en plus vers les Etats-Unis. Les compagnies américaines
viennent investir au Groenland - Alcoa pour l’aluminium,
Exxon et Chevron pour le pétrole - sans compter les
milliardaires comme Bill Gates ou Warren Buffett qui dépensent
leurs dollars pour skier l’été à
Apussuit, le « nouveau Aspen » selon la presse.
La calotte glaciaire du Groenland recouvre les 4/5 du territoire.
Sa fonte aurait des conséquences dramatiques, comme
l’élévation du niveau de la mer.
Déjà, le réchauffement climatique a
contraint les chasseurs et pêcheurs groenlandais à
modifier leur mode de vie.
Le Danemark, qui accueillera le prochain sommet mondial
de l’environnement en 2009, a intégré
le Groenland dans sa « diplomatie du climat ».
Les visites de délégations étrangères
et de médias se succèdent. L’année
2007 aura été celle de tous les records :
Nancy Pelosi, présidente de la Chambre des Représentants,
José Manuel Barroso, président de la Commission
européenne, Angela Merkel, chancelière fédérale
allemande, mais également des députés
et sénateurs américains, un groupe du Parlement
européen, et ce n’est qu’un début.
Sans compter un rassemblement œcuménique cette
semaine auquel participe une centaine de personnes, dont
le Patriarche de Constantinople.
Le Groenland a connu de profondes mutations depuis une trentaine
d’années. Colonie danoise jusqu’en 1953,
ce territoire a acquis un statut d’autonomie interne
en 1979. Vingt-cinq ans plus tard, les Premiers Ministres
danois et groenlandais, Anders Fogh Rasmussen et Hans Enoksen,
ont mis en place une commission mixte devant élaborer
une proposition de loi qui permettrait au Groenland de bénéficier
d’une autonomie renforcée. La dernière
réunion de la commission était prévue
les 12 et 13 septembre prochains, mais des désaccords
au sein du groupe de travail pour les affaires économiques
retardent la suite du processus. Les ressources énergétiques
sont là encore au centre du débat.
Territoire rattaché au Danemark depuis le XVIIIe
siècle, le Groenland est vaste de 2 166 086 km²
- un cinquième est libre de glace - et compte environ
57 000 habitants, dont 89 % sont inuits et 10 % danois.
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Depuis
l’autonomie de 1979, le Groenland a connu trois chefs
de l’exécutif, tous issus du parti social-démocrate
Siumut. Jonathan Motzfeldt, Lars Emil Johansen et Hans Enoksen
caractérisent à eux trois les différentes
voies que pourrait prendre le Groenland : des relations extérieures
tournées vers l’Europe ou l’Amérique,
à moins que ce ne soit le choix du repli identitaire.
On le sait peu, mais le Groenland a fait parti de la construction
européenne. Après avoir intégré
le Marché commun en 1973 avec le Danemark, malgré
une population hostile, le Groenland en est sorti en 1985
par référendum. C’est un cas unique à
ce jour. L’accord de partenariat entre l’Union
européenne et le Groenland, établi pour la période
2007-2013, est une avancée significative dans les relations
entre les deux partenaires, qui va désormais au-delà
d’un simple accord de pêche. Une aide de l’Europe
d’un montant annuel de 25 millions d’euros y est
adjointe.
L’économie
groenlandaise repose essentiellement sur la pêche. Le
budget est à 60 % couvert par la subvention annuelle
du Danemark qui s’élève à 3,2 milliards
de couronnes danoises, soit environ 429,6 millions d’euros.
Le tourisme se développe, mais le pays manque d’infrastructures
de transport et d’hôtellerie. La situation économique
du Groenland est pourtant en passe d’évoluer
de façon considérable. Le gouvernement groenlandais
a annoncé l’octroi de licences d’exploration
à quatre grandes compagnies pétrolières
: Exxon, Chevron, Husky et DONG. Le groupe Alcoa a signé
un investissement de près de 2 milliards d’euros
pour la construction d’une usine d’aluminium -
cette somme représente près de cinq fois la
subvention annuelle allouée par les Danois au Groenland.
Autant dire que l’intérêt économique
des Américains pour le Groenland réveille les
velléités groenlandaises de se séparer
de la tutelle danoise. Un quotidien danois titrait au printemps
dernier sur « le Groenland (qui) regarde vers l’ouest
». Au même moment était inaugurée
la première liaison aérienne directe entre le
Groenland et les Etats-Unis.
Au Groenland, un consensus existe entre les partis sur la
question de l’indépendance du territoire, seuls
les moyens d’y parvenir divergent. Véritable
laboratoire des enjeux auxquels le monde doit faire face -
changement climatique, matières premières, questions
de défense et de sécurité, diversité
culturelle et linguistique - le Groenland cherche à
renforcer sa visibilité sur la scène internationale.
Les dirigeants du pays ont multiplié ces dernières
années les voyages à l’étranger.
Bruxelles, Paris, Pékin, Londres, Tokyo, Washington
: autant de villes visitées pour attirer avant tout
les investissements susceptibles d’aider le Groenland
dans sa quête d’indépendance vis-à-vis
du Danemark. Pour les observateurs avertis, tant danois que
groenlandais, le processus d’accession à l’indépendance
pourrait encore prendre une vingtaine d’années.
La question est alors de savoir si le Groenland ne risque
pas, en se détachant du Danemark, d’être
dépendant des Etats-Unis.
Une chose est sûre : le développement du pays
risque de ne pas profiter à la population locale. Les
richesses potentielles en pétrole, gaz et minéraux
dépassent de très loin les capacités
démographiques du pays et les Groenlandais pourraient
se retrouver en minorité face à l’afflux
programmé de mains-d’œuvre étrangères,
ce qui les contraindrait à modifier leur mode de vie.
Une autre conséquence du réchauffement climatique.
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